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Nous, l'Europe: Banquet des peuples (Domaine français)

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Nous, l'Europe: Banquet des peuples (Domaine français) Details

L’Europe, l’ancienne, celle d’un Vieux Monde bouleversé par la révolution industrielle, et l’Union européenne, belle utopie née sur les cendres de deux grandes guerres, sont l’alpha et l’oméga de cette épopée sociopolitique et humaniste en vers libres relatant un siècle et demi de constructions, d’affrontements, d’espoirs, de défaites et d’enthousiasmes. Un long poème en forme d’appel à la réalisation d’une Europe des différences, de la solidarité et de la liberté.

Reviews

Que l'auteur soit considéré comme un jeune prodige de la littérature française, c'est admis. Pour moi, pas vraiment. Mais qu'est-ce qu'une voix ? Bah, peu importe la mienne. Le sujet est en tout cas passionnant. L'Europe. Que faire de l'Europe ? Que va-t-elle devenir ? Ne doit-elle pas être la lumière du monde ? (vous pouvez rire). Laurent Gaudé, même s??il n??est pas historien, nous rappelle beaucoup de choses sur le continent, disons de 1848 à aujourd'hui. La tonalité de cette ?uvre ? Alarmiste, nostalgique, révoltée et convenue. Tout y passe : les paris, les enjeux, l'histoire. L'histoire surtout. Mais le style est si pauvre, si indigent, si dépouillé que j'ai eu pas mal de peine à tourner les pages (tout le monde n'a pas le talent d'un Erri De Luca ou d??un Raymond Carver). Bien sûr, face au constat de délitement et d??incertitudes, mon constat est le même. Mais au lieu de parler de refondation du monde ou de refondation de L??Europe (à la manière d??un Jean-Claude Guillebaud), c??est un constat à la macron auquel on a droit : politiquement correct. Combien de fois ai-je soupiré d'exaspération ? Quand un lecteur a faim, il lui arrive de « crier famine ». Est-ce l'état de la littérature actuelle ? Est-ce emblématique de ce monde devenu fou, vertigineux et insignifiant à maints des égards pour reprendre le titre d??un ouvrage de Cornelius Castoriadis ? Alors, bien entendu, je ne connaissais Laurent Gaudé que de réputation. Je n??ai toujours pas lu par exemple ses deux grands succès de librairie, dont l'un fut récompensé par un Goncourt (Le Soleil des Scorta, en 2004). Dans cet hymne (sorte de poème s'étirant sur près de 150 pages), j??y ai ressenti beaucoup d??impuissance de la part de l??auteur qui n??a visiblement pas toutes les clés pour comprendre ce qui se passe actuellement. Qui les aurait ? Et puis, quoi, nostalgie parce que l??Europe n??a plus sa grandeur ? Allons bon ! Que Gaudé ait par ailleurs oublié de mentionner Charles Péguy en dit long sur l??illusion que se font pas mal d??écrivains. Un détail ? Peut-être. Heureusement, on retrouve Stefan Zweig et d'autres. L??avertissement de ce dernier dans Le Monde d??Hier était beaucoup plus puissant, si je me souviens bien. Il y avait du souffle dans l??écrit de Zweig, un vrai avertissement.Quant à D.H. Lawrence et sa critique de l'industrialisation européenne. Rien du tout. Virginia Woolf et le féminisme. Nada. Jacques Ellul dans Trahison de l??occident, rien non plus. Tzvetan Todorov et son formidable Mémoire du mal, Tentation du bien. Rien. Soljenitsyne et L??Erreur de l??Occident, encore moins? Pour le reste, c'est de la guerre, de la guerre, de la guerre (les ravages de la deuxième guerre mondiale s'étendent sur près de 80 pages). Des choses rabâchées, déjà entendues, dans un style de collégien typiquement irénique, à la sauce éducation nationale. Ce n??est pas bien, ça? Et ça non plus. Langage de chacal, comme dirait Marshall Rosenberg. Et j??insiste sur ce point. Je ne dis pas que la mémoire est vaine. Je dis simplement que cet ouvrage s'adressera avant tout à un jeune public. Les élèves de 6ème et 5ème devraient adorer (sic). Quoi que? Oui, on peut écrire. A leur âge, on peut écrire ainsi. Bel exemple. Voilà donc le public visé. Et ça leur ferait grand bien, sans doute. Sans doute ? Pas sûr. Pour les autres, les moins jeunes, les adultes, on se tournera plutôt vers des ouvrages de Blaise Cendrars (L'homme foudroyé,La main coupée), George Steiner (Le Château de Barbe Bleue,Langage et Silence), Céline (Voyage au bout de la Nuit) pour comprendre ce que veut dire « construction » (tiens, d??ailleurs, ce mot, « construction », ça n??est pas rien?, mais on ne demandera pas de lire du Robert Misrahi, hein?), pour comprendre aussi la nature de la guerre (si tant est qu'il y ait quelque chose à comprendre à la guerre...). L??Europe semble avoir oublié qu??elle est donc la fille de l??épopée et de l??utopie ? » (Page 7). Ah, bon ? Ben, tiens, relis un peu Cioran, l??ami, et tu comprendras ce que vient faire l??Utopie dans tout ce charivaris. Toi qui aimes l??histoire, lis un peu Histoire et Utopie de l??écrivain roumain exilé en France. D??accord, son passé n??est pas joli. Mais il s??est repenti. ?a compte. Et il ne s??est pas fait d??illusion. Dans Europe, Banquet des Peuples (référence ratée à « maître » Platon), aucune substance, aucune pensée de fond, aucune proposition. Pour moi, clairement, un faux événement littéraire. A oublier, hormis trois ou quatre pages et cinq ou six passages. C'est bien trop peu...Oui, l??Europe est un bouillonnement permanent. C??est peut-être le continent où rien n??est jamais acquis et qui pourtant s??installe le plus confortablement dans ses certitudes. Alors, voilà, Laurent Gaudé nous interroge sur notre identité européenne. « Qui sommes-nous ? Héritiers de quel passé ? » Et plus loin « Fautifs de quels crimes et porteurs de quelles utopies ? ». Quand l??auteur avoue avoir constaté qu??il savait peu de l??histoire et de la géographie des vingt-six autres pays, et que ce récit allait rester celui d??un Français, on se dit, à quoi bon avoir écrit ce petit chapelet ? Bon, pourquoi pas. Et l??on tourne donc les pages. ?a reste parfois lyrique, toujours accessible. Les questions sont parfois puériles (« Sommes-nous vieux ? Sommes-nous jeunes ? Quel âge avons-nous vraiment ? »). Puis Palerme, le 12 janvier 1848, la première ville à appeler le Printemps des nations. On connaît plus ou moins la suite : les soulèvements à Milan, Berlin, Paris. Où l??on croyait que la nation, c??était l??affranchissement, la nation l??unité d??un peuple autour d??une langue. Entre fatigue et démagogie, Laurent Gaudé souffle sur les braises du passé. Dans quel but ? Il a raison, bien entendu d??insister sur le paradoxe du Progrès (le rail), 1830, avec The Rocket, la première locomotive, et nous, amis de la littérature et du cinéma, de se souvenir aussi de Il était une fois dans L??Ouest (même si ça se passe en Amérique, la critique du Progrès sonne juste). L??Ouest, l??Occident. Là où tout se meurt. Occire, Occident... Destin inévitable ? Et pourtant, c??est quand le bête meurt que le reste du troupeau peut enfin vivre. C??est ainsi que l??Histoire a montré la nécessité du bouc-émissaire. Les peuples ont toujours su trouver un coupable innocent. Qu??est-ce qu??il venait faire ici ? Et l??Europe a été un brasier. Qui sera le prochain bouc-émissaire ? Naissance dans la violence. Naissance de quoi ? D??une nouvelle civilisation ? Pour une nouvelle exposition universelle ? Pour ensuite se vanter de la grandeur de l??occident ? L??Europe continuera-t-elle à piller l??Afrique ? Mais ce que Gaudé ne voit pas, c??est que ça n??est plus l??Europe l??enjeu du siècle. Mais la Technique. La Technique aura des frontières ou pas. Ce sera ça le nouveau colonialisme, la nouvelle aliénation des humains. Elle est déjà là d??ailleurs.____________________________________________________________________________(1) Passage intéressant sur le fils de Rudyard Kipling, l??écrivain, l??auteur de L??homme qui voulut être roi (mis en scène plus tard au cinéma par John Huston, avec Michael Caine et Sean Connery). L??Europe a régné pendant 2000 ans dit-on, et même plus. Mais pour quoi au final ? Pour exploiter quoi ? L??Europe a toujours détenu les richesses, la science. Et les a exploitées pour mieux asservir. L??Europe n??est pas sage. ?a a toujours été une histoire de conquête et de domination. Rien de plus, rien de moins. Les autres continents en profitent par la même occasion (ventes d??armes, ventes de nouvelles technologies, etc.). Vous voyez un mea culpa pour autant ? L??Histoire est une histoire d??horreurs, et il en sera encore ainsi. Au nom des gouvernants ou des gouvernements (et de leurs intérêts), pas celui des peuples, et encore moins celui des humains.(2) Références aussi à Albert Camus, à Winston Churchill, à Victor Hugo, à Walt Whitman et à Frantz Fanon.(3) Sur L??Europe des notables (sans la passion des peuples, autrement dit, sans la souveraineté populaire), après la deuxième guerre mondiale, Gaudé voit plutôt juste et réalise que c??était inévitable. Mais son appel à la « passion politique » (page 178) est un leurre, une illusion, pire encore un danger. Relire Discours de la servitude volontaire d??Etienne de La Boétie, l??ami de Montaigne, ou encore Illusions politiques de Jacques Ellul.(4) Passage bien vu sur les chansons et les tyrans (« crachez leur à la figure »). Mais L??Europe, mon cher Laurent, se fera au détriment des peuples, tu verras. ?a continuera ainsi. Et tant pis si « encore du sang doit couler ». L??Europe n??en a-t-elle pas fait couler ? Ceci n??est pas un appel à la violence. C??est juste pour dire qu??il y a des combats vains, et que ça n??est pas l??Europe des nations qui se construit actuellement. C??est l??Europe des finances et surtout de la Technologie, l??Europe des aliénations. L??Europe n??est plus rien. ?a n??est qu??un mot. On a tous abandonné le terrain. Et la pensée avec. Les combats de demain sont déjà voués à l??échec. Et la liberté est devenu un piètre mot (comme le disait déjà Henri Laborit, dans Eloge de la Fuite). Au-delà de l??Europe humaniste, comme partout ailleurs, un monde transhumaniste et hautement technicisé se dessine à l??horizon. Entre Minority Report et Soleil Vert. Il y aura donc les adaptés et les inadaptés. Le futur fascisme est là, il n??est pas ailleurs. Et ce seront les mêmes qui paieront les pots cassés. Et pendant ce temps, les élites foutent le camp dans les pays du Nord.

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